Que durent longtemps encore nos abominations parisiennes et nos fêtes perverties. 

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Elle paraît indécente la petite vie avant ça.
Une soirée devait avoir lieu chez N. à 21h, je n'avais pas très envie d'y aller mais je m'étais forcée. Il était avec d'autres amis à une conférence au Panthéon depuis 19h, et consécutivement en retard à sa propre fête quand j'ai sonné avec ma bouteille de vin et mon paquet de chips. Cette légère impolitesse m'avait agacée, j'ai appelé R. pour ronchonner. Je suis allée rejoindre Cl. et C. dont l'appartement se trouvait à quelques minutes de là. Il y avait de la musique, un petit chat avec une barbichette, des bouteilles, un jeu de cartes. 
Cl. nous a parlé de son date prévu le lendemain, un rendez-vous chez un garçon qui, selon elle, nécessitait une épilation. On regardait nos téléphones pour essayer de voir jusque quelle heure roulaient les RER. On riait pas mal et j'ai pensé que j'avais bien fait de venir.
Ça paraît indécent cette soirée maintenant.


Les garçons nous ont rejoint vers 22h30. Il y avait M. qui est le meilleur du monde en calembours mais qui n'a fait aucune blague. On était déjà devant les chaînes d'info écoeurantes à guetter la moindre information utile. On a ouvert de nouvelles bouteilles de vin, avec nervosité cette fois. On a englouti des pâtes silencieusement, en tapotant comme des fous sur nos téléphones. Parfois quelqu'un se levait pour répondre à un appel. On a attendu des réponses pendant de longues minutes.
J'ai mis ma tête sous le plaid pour ne plus voir la télévision. Il a été question de l'organisation pour dormir tous sur place, j'ai fermé les yeux dis fois de suite en espérant me réveiller ailleurs.

Vers 3h, H. et moi sommes sortis pour rentrer chez nous. Aucun de nous deux ne supportait l'idée d'attendre encore. Nous n'avons pas trouvé la station velib et sommes partis à pied. Le trajet nous a paru interminable. On s'est baissé quelques fois quand des voitures ralentissaient près de nous. Ça nous mettait en colère d'avoir peur comme ça, dans nos rues, chez nous. 

Deux jours plus tard nous réinvestissons timidement le quartier avec R. Les gens qu'on croise ont l'air de vivre normalement alors on prend sur nous, on fait comme eux et on essaye de se décontracter un peu et de lâcher les journaux. Nous peinons à retrouver les sujets de conversation d'avant. On s'installe sur la banquette du café qu'on aime et on regarde les enfants qui jouent dehors au frisbee, à la trottinette, au foot. C'est un dimanche ensoleillé, ça fait un peu de bien.