Je lui ai dit, j’aime ta culture qui ne demande jamais à se voir confirmée dans la mienne, ce n’est jamais stressant de parler avec toi. On a rit parce que ça voulait dire,
j’aime que ça se passe bien entre nous alors que tu gagnes tes camemberts dans la catégorie littérature et moi dans celle divertissement. 

 

L’été où j’ai raté la culture (et pas mal l'été):

Je n’ai pas vu Les Mille et Une Nuits mais j'espère qu'il n'est pas trop tard. J’ai préféré voir Mustang qui n’est pas un chef-d’œuvre mais dont la fougue me faisait drôlement envie. Au cinéma les femmes sont hyper belles, elles mettent le feu aux chaises, giflent ceux qui voudraient les restreindre, et elles ont des chevelures interminables on dirait des fils de fée. Et puis les liens de sororité qu’on montre avec des jambes nues emmêlées, des têtes dodelinantes qui s’ennuient, se soutiennent et jouent, ça m'émeut à chaque fois. 
Nous avions pris les vélos chez ma mère dans la nuit. Il avait fallu au préalable vandaliser l'antivol dont la clé s'était perdue. Ce cambriolage factice avait provoqué chez moi une euphorie contagieuse et nous pédalions totalement hilares dans les rues désertes de sa ville déprimante.

Je n'ai pas vu Jauja, ça me faisait très envie pourtant. Je voulais le voir avec un garçon, mais ensuite je n'ai plus voulu voir le garçon alors je n'ai pas vu le film non plus. 

Je n’ai pas vu ce film allemand tourné en une seule prise. Victoria je crois. Confession peu glorieuse: j’ai préféré voir le dernier Pixar, Vice et Versa, à 22 heures dans une salle climatisée pour échapper à l’insupportable chaleur de la journée. Cette fois c'était à Paris et j'étais seule. J'ai tué le temps dans la boutique du Mk2 en découvrant qu'ils y vendaient ma pâte à tartiner préférée. Je précise que je suis à la fois ravie que cette pâte soit commercialisée, mais que je reste persuadée d'avoir eu la première - bien que R. le réfute par pure mauvaise foi - l'idée originale d'une pâte chocolatée à la feuilletine (en revanche je ne vois pas l'intérêt de la tartiner, c'est bien meilleur en dip, que vous dipiez une clémentine ou une cuillère).

Dans le bus, une dame désigne à son mari une affiche à travers la fenêtre. C’est ça le film que je veux voir là, Jacques Audiard tu vois, Dheepan! Parce qu’elle a vu Un Prophète et c’était hhhhh. Alors au début on lui avait dit qu’il y avait quelques scènes un peu dures, et puis finalement elle l’a vu quand même et puis hhhhh. Mais c’est vrai qu’il y avait quelques scènes un peu dures mais franchement l’acteur! Son compagnon acquiesce juste de la tête.
Moi j’ai jamais vu un seul film de Jacques Audiard, parce qu’il ne m’inspire pas avec ses chapeaux et ses grosses lunettes. N'en déplaise à la dame du bus, j'ai pas vu et je n'irai pas voir Dheepan.

Je ne sais pas si on peut dire que j'ai raté Mad Max. On devait aller le voir avec des amis parce que c’est le genre de film compromis qu’on peut envisager pour une sortie ciné entre copains aux goûts disparates. Maintenant j’aime de moins en moins aller au cinéma avec d’autres personnes, sauf des personnes avec qui on peut faire des sourires silencieux avant, pendant, après la séance. Ce soir-là je me suis défilée mais je le regarderai peut-être à la maison, parce qu'il me semble que c'est le genre de film compromis qu'on peut envisager pour une soirée dvd entre copains.

Je n'ai pas vu l’exposition Lartigue alors qu’une des photos trône sous forme de carte au-dessus de mon bureau. Je m’étais juré de la voir après qu’O. m’a ramené ladite carte. En fait, je n’ai vu aucune exposition cet été, par contre j’ai beaucoup souri devant la scène de vernissage dans Microbe et Gasoil (mais pas autant qu'à l'idée d'une voiture-cabane avec géraniums).

La radio m'a tout de même sauvée du désastre de cet été ni vraiment studieux, ni vraiment estival, ni du tout culturel. J'ai passé un quinze août merveilleux, seule avec le chat que je gardais, à écouter René Char lu par Guillaume G. en regardant les trombes d'eau s'écraser sur la porte vitrée, et ahlala c'était beau. 

 

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J'adore le mois de septembre. Il annonce l'automne et c'est une joie en soi, Paris se repeuple et il s'y passe toujours un tas de choses. Il s'y est passé notamment mon dégoût nouveau pour toute une série d'aliments sacrifiés pendant mes jours de nausées post extraction de dents de sagesse.
Instant nécrologique avec la liste des victimes:
- compotes et yaourts, 
- bouillon de légumes aux pâtes minuscules, 
- pain de mie industriel, 
- soupes froides,
(eux c'est pas grave, je ne les portais pas particulièrement dans mon coeur avant)
Mais aussi: 
- houmous
- glaces diverses mais globalement fabuleuses
- guacamole
(eux c'est très grave, ma vie gustative s'en retrouve totalement chamboulée, sachant qu'il est par ailleurs prévu que je devienne végétarienne, je ne sais pas ce qu'il va advenir de moi).

En ce début de mois, je retrouve aussi la sensation d'excitation qui m'avait quittée un moment, à l'idée d'entreprendre un tas de choses nouvelles. Au sixième étage avec deux presque-balcons, dans l'appartement de N. qu'occupait précédemment L., nous faisons une énième soirée de future-promotion et je ne tiens pas vraiment en place. Je m'émerveille de la bonne humeur et de la complicité qui règnent déjà alors que nous nous connaissons si peu. Je relève aussi ma sensibilité accrue aux petites dominations d'habitude, maladresses, impolitesses et violences infimes qui se glissent dans ces conversations comme dans tout autre contexte. Ça me tracasse. L'idée germe doucement, on pourrait profiter des privilèges qu'offre l'année à venir pour faire un peu mieux que se retrouver autour de bouteilles à se demander si Kool Shen porte seul NTM ou si Joey Starr apporte un intérêt quelconque au groupe (question dont je ne conteste pas la pertinence en soi mais qui, soulevée dans une soirée de jeunes juristes entassés dans un charmant décor haussmannien, me met subitement mal à l'aise). Je me laisse porter par la motivation et les espoirs d'amélioration plutôt que par l'exaspération, j'ai à nouveau plus hâte que peur et ça fait du bien.

Pour la peine et parce que j'aime sa sonorité, je ne décroche pas du mur le petit bout de papier inspiré d'un message d'encouragement envoyé par N. qui était alors en Finlande: Sisu!