Quand j'ai vu Mathieu Boogaerts j'ai souri en grand. Jeanne Cherhal lui a succédé pour chanter la chanson que j'aime tant (et qu’elle n'avait pas chantée lorsque je l'avais vue en concert avec C. à l'époque du lycée). A ce stade j’avais déjà plus ou moins envie d’embrasser tout un chacun. Quand Albin de la Simone est arrivé en déclarant que lui aussi faisait la première partie de Vincent D. j'ai poussé des petits "hu hu hu". Puis, quand Alain Souchon* est entré sur scène, la femme devant moi a glapi et a serré son copain si fort contre elle que j'ai cru qu'il mourrait comme ça, étouffé au cours d'une soirée Delerm.

Avant, j'estimais que Robes était ma chanson préférée des Amants Parallèles. Mais quand même Barbès le soleil, mais quand même les choses de la vie d'avant. Finalement je les aime toutes infiniment, et j'ai été très émue de l'entendre chanter que c'est fort les matins quand on est enfant.
La dame de derrière a révolutionné le concept de l'alternance une-chanson-sordide-pour-deux-chansons-joyeuses en riant à chaque couplet de Deauville sans Trintignant (le sens de l’humour des autres est parfois intriguant). Le monsieur d'à côté connaissait toutes les chansons par coeur et y mettait beaucoup d'entrain. C'était drôle, doux, malicieux et touchant comme en CD, mais en mieux.
J'ai cru qu'on finirait sur l'Heure du thé et j'avais déjà les yeux bien humides, la voix un peu éraillée et les mains en feu. C'était sans compter la ténacité de son public (un tiers du concert a été constitué de standing ovations et de rappels multiples, chaque fois honorés avec beaaaauucouuup d’émotion). Je ne sais plus si la soirée a véritablement fini sur Tes parents mais je me souviens du petit pincement au coeur éprouvé. Par hasard, le siège à côté de moi était vide (et c'était vraisemblablement le seul de toute la salle).

Il y a eu Emmanuel Ceysson qui jouait du Britten à la harpe de façon très sexy. C'était chouette, c'était avec R.
Il y a eu Pommerat, une Réunification des Deux Corées attendue avec un peu d'anxiété et beaucoup d'excitation. C'était merveilleux, suffocant, intelligent. C'était avec R.
Il y a eu Hokusai avec beaucoup trop de monde, l'attente dans le froid, mais aussi une dame fascinée qui nous confiait prendre des photos en secret Parce que les catalogues sont jamais complets, avant de nous montrer son dessin préféré où les reflets de l'eau étaient tracés en relief avec le bois du pinceau. C'était joli et délicat, c'était avec R.
Il y a eu Niki de Saint Phalle, à vingt-et-une heure au pas de course, la tête qui tourne dans les salles presque vides du Grand Palais. C'était grandiose et poignant, et c'était aussi avec R.

J'ai dit non à Th. une bonne dizaine de fois ce mois-ci. Il y eut quand même un pique-nique d'oranges sanguines, après lequel nous avons honoré notre carte illimitée dans la petite salle de concert qu'on atteint en traversant - au choix - Pigalle ou Montmartre. Nous avons fait vibrer notre rangée de sièges en ne tenant pas en place, enthousiasmés par une basse, un violon et une voix nonchalamment séduisante**. Avec nos sacs en tissu assortis, ses petits mouvements de bras, mes petits mouvements de jambes, nous formions un duo éligible au prix du meilleur public de l’année.

Un autre soir,  nous avons décidé avec R. qu’elle irait voir Emily Loizeau avec L’autre plutôt qu’avec moi. Après coup, je me suis rendu compte qu’en cinq ans, nous n’avions jamais assisté à un concert ensemble (les concerts de musique classique ne comptent pas – les gens qui y chantonnent en même temps que l’artiste méritent [tortures diverses]).
La nuit d’après je rêvais de tigres fantastiques. Au réveil, j’ai oublié pendant quelques secondes qu’il ne me suffisait pas de me pencher de l’autre côté du lit pour le lui raconter.

Assise près de L. (qui est incroyable de fraîcheur et de spontanéité) et de son amie D. (qui est très grande et très timide) j'ai pensé à elle souvent. Tous mes livres d’Anne Wiazemsky m’ont été offerts par elle, c’est devenu un rituel implicite je suppose. J’aurais voulu dire à A.W. combien, dans son cycle autobiographique, son personnage me fascine et m’attendrit autant que les grands noms qui l’entourent; je n'ai pas osé. Atteinte d’une superstition soudaine, je n’ai pas rouvert son dernier livre pour le lire, de peur que la dédicace encourageante qu’il contient ne puisse servir qu’une seule fois. 

 

 

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Ces dix jours où il faut (l') attendre me paraissent longs. Elle préciserait "je ne t'ai rien promis" et elle aurait raison. Comme au bout de ces dix jours il y a aussi des vacances, je peux tricher en apparence sur les raisons de mon impatience. Mes envies d'écrire sont chahutées, elles disparaissent habituellement quand la vie s'emballe trop vite pour prendre le temps des mots, pour revenir maladroitement et étourdies. La vie ne s'emballe pas, moi oui, toujours.
Mme C. me demande comment je vais et je réponds Plutôt très bien, quand elle me demande comment se passe le mois je réponds Plutôt mal

Pour contrer les peurs, je ris beaucoup. Avec N. qui me propose sa complicité autour de bonbons au chocolat. Avec An. qui continue de m'enlacer même si elle sait, et avec qui je m’adonne au déballage intime sans égards pour la dame du café qui fait des muffins à deux mètres de nous. Je ris avec Cl. qui me confie qu'elle m'a adorée dès notre première entrevue, alors que je lui annonce ma joie d'être tombée par hasard sur elle dans ce grand amphithéâtre inconnu. Avec R. aussi, dans les instants volés aux dix jours, tant pis pour les jambes qui fuient quand son rire est léger. Il y a le plaisir de l'entendre rire encore alors que nous nous éloignons l'une de l'autre dans l'escalier secret.
Je ris avec T. et C. sa colocataire, qui semble aussi attendrissante que psychorigide. Leur amitié improbable me rend joyeuse et nous programmons une fin d'année studieuse.
Alors voilà, c'est ça l'idée: faire des tas de plans réjouissants pour compenser l'incertitude. Sauve qui peut la vie***.

 

* Et quand A.S. s'est tenu juste à côté de moi pour écouter la fin du concert je n'en menais pas large non plus.
** Celle du chanteur de Clint is Gone.
*** Malgré moi, en écrivant ça, je pense plus facilement à A. Beaupain qu'aux beaux visages de N. Baye et J. Dutronc chez Godard.

 

34-La vie ne vaut rien by Alain Souchon on Grooveshark','hspace':null,'vspace':null,'align':null,'bgcolor':null}">