Dans sa lettre, G. m'indique discrètement, par une petite phrase, qu'elle sait. Quand on est une âme sensible, l'amour est toujours un sujet hyper-sensible...
Je me demande comment lui faire savoir que je sais un peu moi aussi, que je m'inquiète terriblement, que je devine bien la peur qui doit l'étreindre et le courage qu'elle ne sait peut-être plus où chercher. Il y a des lettres qui me font sourire au-delà des oreilles, des lettres qui me donnent envie de répondre dans la seconde mais où je mets finalement beaucoup de temps pour écrire en retour (toutes), des lettres que je laisse traîner sur le bureau l'air de rien pour pouvoir les relire après...Et puis il y a des lettres comme celle de G, qui me donnent envie de débarquer chez elle, avec ma banderole géante "je tiens à toi, promis juré je laisse plus passer douze mois de silence". Je sais bien qu'elle a sa vie de famille, que je ne peux pas lui parler comme à une amie intime et qu'on ne débarque pas chez les gens, mais quand même ça me démange. Je pense à ses longs cheveux et je m'aperçois que c'est la première fois que je vois son écriture.
Janvier le coeur un peu froissé, hein.

 

Tankstelle



Les défis, les challenges, j'aime ça. Je fais des sourires gourmands quand on me propose un jeu, je m'y prends avec une joie sincère. J'aime le vocabulaire qui va avec: les team, les crew, le compte à rebours, les "c'est parti", les joker, les cup, les danses de victoire. Sur mes bulletins scolaires en sport il y avait toujours écrit - en substance - "élève nulle mais très enthousiaste".
Au collège, par un mystère que je ne m'explique pas, j'ai participé volontairement à des interclasses de basket-ball, puis à un CROSS régional où des filles portaient des crampons et où certaines d'entre elles sont tombées dans un (petit) ravin. Je n'avais visiblement pas été suffisamment démotivée par l'unique concours sportif auquel j'avais participé vers six ans: un concours de saut d'obstacles organisé au centre équestre tenu par les parents d'une camarade de classe. Je n'avais aucune idée de comment j'avais atterri là (j'étais un peu à côté de la plaque comme gamine) et mon poney n'a pas voulu sauter.
Avec les années, j'ai fini par me calmer, par comprendre que mes aspirations compétitives ne s'épanouiraient pas forcément en sport, et par admettre que je n'éprouvais aucun attachement pour les poneys. A l'époque où je mangeais de l'ovomaltine à la petite cuillère et en cachette, je me suis contentée d'organiser des soirées jeux de société et de m'adonner à divers défis scolaires.


Ça m'amuse toujours la vie en jeux et je ne suis pas mauvaise perdante.
Quand elle quitte l'appartement, j'ai un peu d'excitation. Dans ma tête je dis "à vos marques, prêts..." et ça chasse la tristesse. Pour elle c'est quinze jours de calme, de repli, de solitude déculpabilisée, de solitude sans tentations et de vie réappropriée. Elle n'a pas l'air enchantée. Pour moi c'est quinze jours de concours, on disait ça avec un air sauvage parfois C'est le gaaaaame (de cats), on n'y gagne rien d'autre que la victoire, mais c'est excitant quand même.
Le but c'est d'être celle qui se débrouille le mieux sans l'autre; d'arriver au bout des quinze jours et de faire celle à qui ça ne fait rien. De faire celle qui veut bien prolonger sur d'autres jours, d'autres semaines et d'autres mois. Le but c'est de se détacher en prem's, comme dans les cours de récréation.
Je t'aimerai plus, prem's, sans refus, oeil de lynx, aigle noir, à toutes les parties.


Au fond du ventre, je sens bien que je vais perdre parce que c'est un jeu pour perdre en s'amusant. Mon optimisme persistant tente de brouiller les pistes, il y aura peut-être des imprévus, il y aura peut-être des victoires différentes, à la fin (on ne sait pas comment ni quand) ça finira bien. Entre deux moments de coeur léger, je pense à tous les bouts d'elle dans ma vie, dans notre vie toute emmêlée. Je me dis que c'est la personne que je préfère au monde (et je m'en veux de penser des choses aussi niaises).
Ça fait très peur, mais il paraît que C'est le gaaaaame.

Dans le couloir, j'ai dansé n'importe comment
Tu m'as regardée sans bouger en souriant
Et la chanson qui nous ressemble, un peu yéyé
De notre film de Miyazaki préféré
Ça serait une chouette chanson d'adieu. 

 

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